21,6 x 28 cm
192 pages
150 illustrations en couleurs
Prix : 39 €
ISBN : 978-2-35278-032-8
718551 5
Par Hughes de la Touche
Les Impératrices sur la Côte d'Azur nous emmène sur les pas des souveraines qui ont séjourné et aimé les rivages méditerranéens, à la charnière des XIXe et XIXe siècles. Pendant l'hiver, toutes les têtes couronnées d'Europe formaient un monde cosmopolite qui se retrouvait sur la Côte d'Azur, afin de profiter d'un univers de luxe, dans un cadre unique au monde. Victoria d'Angleterre, l'impératrice Eugénie, la mystérieuse Sissi, Alexandra Feodorovna et bien d'autres, raffolaient de ces lieux inspirateurs d'instants magiques...
Cet ouvrage, richement illustré de documents inédits, nous emporte dans un monde de rêves et de douceur de vivre.
HUGUES DE LA TOUCHE est conservateur des musées de Menton. Passionné par la vie culturelle et historique de la Côte d'Azur, ses recherches ont été publiées dans les ouvrages suivants :
La Riviera de Jean Cocteau, Rom Éditions, 1996.
Sur les pas de Jean Cocteau, Rom Éditions, 1998.
Henri Lebasque, la lumière transfigurée, Lemaire, 2002
Van Dongen et les femmes, Lemaire, 2004
Jacques Brel, le clandestin de la Côte d'Azur, Lumières du Sud, 2005
L'esprit de Jean Cocteau, Lumières du Sud, 2005
Impératrice Elisabeth d'Autriche « Sisi »
Pendant plus de 50 ans, du rattachement à la France en 1861 au premier grand cataclysme humain de 1914, la Riviera des corniches qui va de Villefranche et Nice jusqu'à Bordighera et San Remo fut la capitale d'une Europe policée, précieuse, idéale. Menton, Roquebrune-Cap-Martin et Monaco, cœur de la « Baie du Soleil », voyaient se côtoyer toutes les têtes couronnées d'Europe. Pendant les hivers, les empereurs, les reines, les princes, les archiducs et les grandes familles de l'aristocratie internationale formaient un monde cosmopolite où l'on parlait dix langues. A cette époque, les Habsbourg régnaient sur une multitude de peuples, les tsars voyaient leur empire s'étendre de Vladivostock à Saint-Petersbourg, l'Allemagne était divisée en une multitude de grands duchés et de petits royaumes. Au même moment, quatre impératrices demeuraient en villégiature dans la première baie de France : la reine Victoria, impératrice des Indes, l'impératrice douairière de Russie, Maria Feodorovna, la fragile impératrice d'Autriche Sissi et l'impératrice Eugénie. Auparavant, deux autres impératrices russes avaient choisi la Riviera, l'une à Nice, Alexandra Feodorovna, la seconde à San Remo, Maria Alexandrovna. La première impératrice d'Allemagne, Vicky, descendit aussi à San Remo... Pour le milieu de la haute aristocratie, le plus souvent suiveur, la venue de ces altesses avait fait que ces lieux étaient devenus « hautement fréquentables ». Tout un monde couvert d'or, avec de somptueux équipages et un luxe inouï menait « la grande vie » de Menton et au-delà jusqu'à Cannes. Les altesses régnantes, les princes héritiers attendant leur couronne, les rois déchus, attiraient une population de demi-aventuriers qui possédaient une fortune suffisante pour se prétendre de ce milieu dynastique. Ces diamants attisaient le regard enflammé des escrocs de tout poil et provoquaient les palpitations des croqueuses qui affûtaient leurs flèches. Autour de ce « grand monde » mais ne nageant pas avec lui, on trouvait des journalistes, avides de potins mondains, des artistes qui venaient pour la lumière, des écrivains que les joyaux oxygénaient et des phtisiques qui se déplaçaient avec le soleil.
Napoléon III avait gagné à la France une grande partie d'une vieille région provençale, le Comté Niçois. L'impératrice Eugénie s'en considérait un peu comme la mère attentive. Nice, qui lui rappelait sa grandeur passée et la présence de son fils disparu, le prince impérial, demeurait comme une plaie ouverte et ne lui était plus supportable ! Menton possédait pour elle le charme d'une ville neuve emplie de parfums singuliers et d'idées fraîches. A partir de 1888, l'impératrice Eugénie, qui avait écouté son vieil ami Prosper Mérimée, décidait de planter ses pieds dans la terre chaude et de fixer ses hivers au Cap Martin, près de Roquebrune et de Menton. La nièce d'Eugénie, la veuve du duc d'Aoste, née prince Laetitia Bonaparte, de nationalité italienne, avait acquis dans cette antique station romaine des terrains pour sa tante, (17 000 mètres carrés), afin qu'elle y fasse édifier une grande demeure aux couleurs de l'été... Quant à Elisabeth d'Autriche cette dernière avait été acquise à la Riviera par Eugénie. Les deux impératrices avaient été séduites par le luxe extravagant de l'hôtel du Cap, situé au milieu de la nature brute, moutonnante, offerte, presque primitive, de la pointe méridionale du Cap Martin. Des rapports affectueux et confiants s'étaient bientôt établis e les deux souveraines. Elles devinrent les deux piliers de cette Riviera.
Affiche touristique de Menton, Hugo d'Alesi
(collection Musées de Menton)
L'air des frontières semble toujours plus léger. C'était à Garavan, à la frontière italienne, que la reine Victoria, avide de sensations neuves avait séjourné, aux mois de mars et d'avril 1882. Elle arrivait à son chalet par le chemin de fer qui apportait les humeurs des berges de la City et les odeurs de Windsor... La reine s'était déplacée à Menton pour voir son fils, le prince Léopold duc d'Albany, atteint d'hémophilie, tout comme son cousin, le jeune héritier du tsar. La Côte d'Azur était devenue la côte blanche du sud de l'Angleterre. La famille royale d'Angleterre, ainsi que l'élite européenne s'était prise de passion pour cette ville dont la beauté et le climat exceptionnel ne pouvaient que guérir toutes les maladies, pensait-on ! Menton était une révélation ! Cette confiance aveugle en son climat entraîna la mort de nombreux tuberculeux, en particulier britanniques. Venus à Menton, remplis d'espoir, car le docteur Bennet, qui se croyait tuberculeux, alors qu'il ne l'était pas, pensait avoir guéri grâce à son séjour dans la ville aux deux baies. Il avait clamé sa résurrection à toute l'Angleterre. Menton était devenue la cité qui arrachait les mourants au trépas, une sorte de Jérusalem des médecins.
Ce furent les médecins qui dévoilèrent la Côte d'Azur aux Anglais. Dans années 1850, Augustus Hare et James Henry Bennet s'ingénièrent à lancer la station de Menton auprès de leurs compatriotes atteints de tuberculose. La douceur hivernale niçoise attira les aristocrates britanniques qui commençaient à descendre sur la Côte pour guérir des maladies respiratoires. Très vite, avec l'arrivée du chemin de fer à Nice en 1864 et à Menton en 1869, les hivernants, anglais, russes, italiens et allemands, se firent de plus en plus nombreux. Auparavant, la région était quasiment inaccessible par le littoral. Cette élite appréciait la vilIe au climat d'hiver exceptionnel de douceur.
Ces hivernants aisés améliorèrent la qualité de la nourriture. Ils faisaient venir le beurre de Nice, la volaille de Turin, le poisson de l'Atlantique. En 1863, une église anglicane fut ouverte au culte à Garavan. Les Britanniques possédaient leur revue, le « Monaco and Menton news ». Il devenait de bon ton de fréquenter « Côte d'Azur », beaucoup plus chic et fortunée que le littoral breton de Dinard, Dinan, Saint-Servan, Paramé et même Avranches fréquentés par des Anglais, moins argentés.
Les anglophones étaient cultivés. Ils participèrent au défrichement intellectuel de la région. Les Anglais, si pratiques et parfaits dans les détails du luxe et du confort, fascinaient, comme ils plaisent toujours aujourd'hui ! Ce sont eux qui lancèrent le tennis, pratiqué dans les hôtels. L'image du tennis était celle d’un sport capable de former les corps comme les caractères, où l'élégance, la beauté physique et morale, le fair-play et le jeu étaient gratuits.
L'Anglais possède cette singularité qui consiste à s'adapter totalement à la vie locale des pays qu'il habite, mais de ne s'y fondre jamais. Convaincu de sa supériorité, l'Anglais peut s'enthousiasmer pour les usages et coutumes locales mais il garde toujours un recul que certains assimilent à de la hauteur. Le membre le plus éminent de cette communauté anglophone, avec le prince de Galles lorsqu'il descendait à Menton, était le célèbre Américain, Gordon Bennett.
La reine Victoria en famille
Ce pays est si étrange, son climat tellement agréable et si différent pour un nouvel arrivant que l'impératrice, fascinée, y était curieuse de tout. Elle désirait savoir ce qui se déroulait et ce qui s'était passé dans cette région aux conditions de vie sereines. La visite de Monaco par Victoria lui avait donné envie de visiter le palais Carnolès, dans le quartier du même nom à Menton.
Les altesses avaient fait venir de nombreux hivernants, essentiellement britanniques. Tous ces hôtes de la ville étaient en excellente santé même s'ils aimaient qu'on les dorlote comme des malades. Et puis, il y avait aussi les tuberculeux envoyés par leur médecin. Deux populations coexistaient donc, les malades qui suivaient une cure et la haute bourgeoisie et l'aristocratie. Pour éviter que les curistes et que les hivernants ne s'ennuient, les hôteliers organisèrent un carnaval en 1876. Les chars du défilé arboraient le nom d'un hôtel ou d'une famille. Des batailles de fleurs furent mises en place en 1905. Ces fêtes étaient très prisées de la société extérieure à la ville.
Cela changeait des lieux à la mode où il fallait être vu ; des endroits tels que la Promenade du Midi, le Kiosque ou bien le Casino. Pour les sportifs il y avait le criquet, le golf à Sospel et le tennis sur gazon introduits par les Anglais. À Monte-Carlo, le tir au pigeon était devenu une activité internationale. Les résidents de Menton se rendaient au stand de tir dressé au Cap-Martin. On tirait sur cible vivante jusqu'à ce que la Ligue de protection des animaux ne se mobilise et qu'on n'invente les pigeons d'argile. Il y avait enfin le jumping du parc de la Madone, aux alentours du palais Carnolès qui était prisé.
L'autorité morale de la reine Victoria fut immense pour le lancement de Menton. En effet, toutes les familles royales sont cousines très proches et descendent de la reine d'Angleterre : les Prusse, les Hohenzollern, les Saxe-Meningen, Hesse, Roumanie, Saxe-Cobourg et Gotha, Bulgarie, Espagne, Russie... Venir à Menton signifie alors se rencontrer entre cousins.
Dans le charmant abri végétal et aérien, la reine Elisabeth passait de nombreuses journées heureuses, discutant, prenant le thé, faisant venir ses amies ou ses fournisseurs à qui elle avait accordé le privilège d'utiliser les armoiries de la Prusse. Sa cabane d'oiseaux l'amusait et la rajeunissait... La guerre arriva. La fièvre nationaliste, contagion électrique, s'étendit sur toute la baie, comme elle embrasa la république. Elle engendra différentes réactions. La malveillance, la mesquinerie et le patriotisme bruyant furent de celles-là. Certains adulateurs de la royauté prussienne prirent une revanche bon marché de ce que leur orgueil avait cruellement souffert en silence. La cabane innocente, qui était toujours montrée comme ayant appartenu à la reine de Prusse, fut mise à bas et saccagée !
En 1890, le « Grand Hôtel du Cap » venait d'être construit. Tout y était neuf, les tentures, l'ameublement, l'argenterie... Un architecte danois installé à Menton, Hans-Georg Tersling, avait édifié le bâtiment sur le bord d'une immense forêt de pins, entrecoupée d'essarts, ancien territoire de chasse des princes de Monaco qui coule dans la mer azurée.
Un an auparavant, un citoyen anglais, Calvin White, enivré par le cap, avait acheté le domaine. Il réalisa quelques routes dans une véritable forêt vierge créa un lotissement destiné à de futures demeures. Dominant la baie de Menton vers l'Ouest, près de la mer, le « Grand Hôtel du Cap Martin » fut édifié dans ce qui était devenu un immense parc. Un peu plus bas, était situé un petit pavillon mauresque. L'écrivain Stephen Liégard qualifiait le bâtiment de « Léviathan de luxe et de confort ». Il y avait une très grande salle à manger de 200 mètres carrés et quelques appartements d'une richesse inouïe destinés aux personnages les plus illustres.
Villa «Serre de la madonne»
Impératrice Alexandra Feodorovna, née Charlotte de Prusse et épouse de Nicolas 1er
Si cette côte est de soleil, n'oublions pas qu'elle est avant tout sujette de la mer et que les deux peuples qui l'ont le plus aimée étaient les fils des plus puissants pays, les Anglais et les Russes. Le croiseur russe « Rynda » était venu à Monaco pour l'anniversaire du tsarévitch.
C'était aussi par la mer qu'Alexandra Feodorovna était arrivée à Villefranche en 1859. Les souverains russes n'étaient-ils pas un peu chez eux sur la Côte, eux qui avaient choisi de s'y installer dès 1847, bien avant l'annexion par Napoléon III qu'ils avaient craint ?
Les Russes aimaient particulièrement la Côte d'Azur et Menton qui leur rappelaient les côtes du Caucase et de la Crimée situées sous les mêmes latitudes. La montagne s'y couche dans la mer Noire avec l'astre diurne, dans les mêmes dispositions qu'à Menton. Le climat et la végétation y sont très proches. C'est le pays où poussent les orangers entre les datchas des Russes et des Ukrainiens aisés...